Suite d’Assurance crapuleuse, les faits - Première partie
Judith fini de ranger la cuisine. Hier, l’anniversaire de Thibald s’est bien passé. Cela lui a fait plaisir de le voir courir et jouer avec des cousins. Solveg a quelques semaines de plus que Thibald. Bastien et Alinoée sont leurs aînés de presque deux ans. Même Jean, le "doyen"’ de cette bande de pirates des bacs à sable, du haut de ses six ans, a joué avec les "petits". Toute cette joie a fait du bien à Judith. Malgré la force de caractère qu’elle tente au mieux d’afficher, surtout en présence de ses parents, elle a peur s’entraîner Thibald dans sa tristesse.
Judith, un message électronique vient d’arriver. Voulez-vous que je vous le lise ?
La voix neutre de la centrale domotique la sort de ses songes éveillés.
Cendo. Non, je verrai ça plus tard...
Contrairement à la plupart des gens, Judith n’a pas modifié la personnalité de sa Cendo. La voix est neutre, pas vraiment masculine, ni féminine... Les accents toniques sont quasi absents. Pire, elle a bridé ses capacités d’adaptation que cette intelligence artificielle mettrait à profit pour lui proposer, au cours du temps, une interface homme-machine plus en adéquation avec sa propre personnalité. Judith s’adresse à elle avec la vieille tournure qui consiste à citer le nom de la centrale à chaque début d’ordre.
Après avoir jeté un œil à Thibald qui dort dans sa chambre, Judith se rend dans le salon. D’une main, elle repousse les quelques journaux et papiers qui encombrent, devant le canapé, la table basse interactive et de l’autre, elle active l’écran-dalle qui est le plateau de verre de la table. L’interface lui propose son tableau de bord. D’un doigt distrait, elle ouvre la page des courriers électroniques. Elle parcourt des yeux un plan qui traîne là... Un projet d’aménagement sur lequel elle travaille, vers Evry. Il y a encore tellement à faite pour absorber les innombrables constructions des XIXe et XXe siècles, afin de les mettre aux normes de conservation et énergie zéro...
Elle fini par tourner son regard vers l’écran pour y découvrir un courrier envoyé par une administration, la Direction Générale de Sécurité Sanitaire des Matériaux Biologiques. Elle ne la connait pas celle-la... Il est vrai que l’administration, dans son ensemble, ne s’est guère simplifiée malgré l’intégration européenne... La France, comme les autres membres de la Communauté Européenne essaye de garder un semblant d’autonomie en multipliant de genre de services. Le public, l’électorat plutôt, aime ces marques d’identité nationale.

"Madame, Le décès de votre mari, Monsieur Pietr Saginsky, nous a été notifié, ces dernières semaines. Je profite du présent courrier pour m’excuser auprès de vous du délais excessif du traitement de votre dossier. En conséquence, et au regard des risques de prévalences génétiques que porte votre fils, Thibald Saginsky, nous vous prions de vous rendre au Centre d’Entretien Cryo-Génétique, 22, rue Salvador Allende, à Argenteuil, Île France, France, Europe.
Vous trouverez en pièce jointe un laissez-passer, à votre nom, valable deux semaines après activation dans votre téléphone portable, dont vous vous assurez la présence au moment de vous présenter au guichet de contrôle du sus-dit Centre.
Vous devez vous rendre auprès du caisson AZ-345-GH-789 et prendre connaissance de son contenu.
Nous vous invitons à vous rendre sur les lieux au plus tôt.
Veuillez agréer, Madame, l’expression de ma considération la meilleure et acceptez mes sincères, bien que tardives, condoléances pour la perte de votre époux.
Jerry Arisson, Directeur du Service Recouvrement de la Direction Générale de Sécurité Sanitaire des Matériaux Biologiques".
Judith reste de longues minutes interdite, ne sachant que penser d’un tel document. D’une voix tremblante, elle s’adresse à son ARI :
Ari, vérification de la provenance et authenticité du mail en cours de lecture.
Quelques secondes plus tard, une voix tout aussi neutre que celle de la Cendo lui répond :
Courrier électronique authentique. Émetteur et organisation certifiés. Certificat disponible sur demande.
Un silence lourd règne dans l’appartement. Judith réfléchit... Une fois sa décision prise, elle annonce :
Cendo. Appelle de Telma Durecueil.
Elle se lève, va dans sa chambre, s’habille en hâte. Elle a à peine enfilé sa chemise quand la Cendo lui transmet l’appelle.
Telma, tu fais quoi ce matin ?
Ben, rien de particulier. Je révise mes partiels. Mais je n’y mets pas beaucoup d’énergie... Pourquoi ?
Tu peux venir me garder Thibald, pendant deux ou trois heures ? J’ai une course urgente à faire.
Ok, je suis chez toi dans vingt minutes.
La communication se coupe. Judith continue à se préparer. Elle rassemble ses affaires et lance :
Cendo. Chargement dans mon portable du laissez-passer contenu en pièce jointe dans le courrier qui vient d’être lu, et itinéraire pour... Elle se penche sur la table basse du salon... Pour le Centre d’Entretien Cryo-Génétique, 22, rue Salvador Allende, à Argenteuil.
Judith, Document et itinéraire chargé.
Judith qui maintenant est dans la chambre de Thibald entend à peine la confirmation de l’ordre donné. Le petit garçon s’est réveillé. Il appelle sa maman, debout, se tenant de deux mains potelées aux montants de son lit à barreaux de bois.
Salut mon poussin. Tu as bien dormi ?
Thibald tend les bras vers sa mère, le visage barré d’un immense sourire que dominent deux grands œil bleus clairs sous une tignasse hirsute de cheveux brun. Judith, sait bien que Thibald ressemblera à son père, elle qui a les cheveux clairs et des grands yeux sombres. "Presque noir, surtout quand tu te mets en colère..."’aurait rajouté Pietr, s’il était encore là. Mais une demande pressante de câlins empêche Judith de se laisser aller à sa mélancolie.
Thibald dans les bras, elle se rend dans la cuisine pour préparer le déjeuner du bonhomme qui se tortille pour échapper à l’emprise de sa mère, maintenant qu’elle l’a sorti de sa prison de bois. Thibald ne marche pas encore, mais il pousse ferme sur ses deux petites canes toutes boudinées qui gigotent sous la brassière verte.
Le repas a à peine le temps de chauffer que la Cendo annonce :
Telma Durecueil à la porte d’entrée.
Cendo. Laisser entrer.
La sœur cadette de Judith entre en coup de vent, se précipitant vers Thibald qui, debout entre les jambes de sa mère, tient difficilement en équilibre tant il rit d’avance de l’arrivée de sa tante. Avec elle, il va jouer et rigoler. Ça, il le sait bien, du haut de ses douze mois d’âge.
© Olivier Parent








